* Terminer un texte sur le mot par lequel on l’a commencé est
absurde.
Oui, parce que par définition, la fin se doit d’être le strict opposé du début, sinon
à quoi bon se creuser la citrouille à interpréter une série d’évènements, aussi passionnants et significatifs soient-ils, entre ces deux pôles ? Nous sommes d’accord.
Et pourtant. Si le début arrive avant la fin, et que la fin prend la relève du début,
il y a bien une raison. Parce que le début sans la fin manque autant de sens que son inverse, proportionnellement égal. Et réciproque.
Pour faire simple : vous avez devant vous Le début et La fin. Jusque là, ça va. Le
début, par lequel tout arrive, à savoir les choses bien comme les embrouilles les plus colossales. La fin, elle ponctue tout cela. C’est sur elle que l’on déploie notre énergie à faire en sorte
que les choses bien le restent, et que les emmerdements trouvent le plus rapidement possible leurs solutions.
Maintenant, si vous voulez bien me suivre, allons décortiquer un peu la crevette (oui,
je n’ai trouvé que cette métaphore culinaire particulièrement classe, alors comme ils disent : « merci de votre compréhension », et « si les symptômes persistent, demandez conseil à votre
vétérinaire »). Arrivent donc simultanément la fin du début, et le début de la fin. C’est ? La
même chose, selon vous ? Objection, votre honneur.
La fin du début est le dénouement de la présentation. Le début de la fin lui, est
plutôt l’incipit de la situation finale. Le plus délicat, c’est qu’entre temps aura coulé toute l’eau qui donne un intérêt au pont qui surplombe cette dernière. Le pont tenant lieu de symbole aux
péripéties. Mais bon sang c’est bien sûr.
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[ Un test réalisé sous contrôle scientifique a démontré par F4 + 12 que 83,6 % des
personnes lisant ce texte ont déjà : ouvert de grands yeux ébahis leur offrant du sex-appeal pour les cinq décennies à venir, OU se sont grattés la tête dans un geste dont la délicatesse n’est
pas sans rappeler, dans un lyrisme flamboyant, nos ancêtres velus et bananophiles, OU ont engagé un dialogue intérieur afin de savoir s’ils étaient les seuls dans cette baraque à ne pas piger
deux mots de suite à ce texte d’une banalité à faire rougir un albinos, OU les quatre en même temps (ce qui ne laisse alors aucun doute quant à leur taux d’œstrogènes dominant… parce que pour
être capable de faire quatre choses à la fois… bref.) Le tout situé avec une précision approximativement déterminée aux alentours exacts du terme « pôles ». C’est si compliqué que ça ? A la
quatrième ligne, donc. Il est également souligné dans le rapport que plus de 97 % de ces mêmes personnes viennent d’effectuer un rapide aller-retour oculaire vers le début du texte pour s’assurer
que le mot « pôles » avait bien sa place entre la troisième et la cinquième ligne. Enfin, pour répondre à la question qui pointe le bout de son nez chez environ 78,2 % d’entre vous : non, ce test
n’est d’aucune utilité. Mais c’est petit, tout petit de juger là-dessus. Parce qu’il m’aurait suffit de vous sortir en début de paragraphe un mot réunissant plus de « y », de « x » et de « gie »
que n’en comptent les cases du scrabble pour vous mettre dans ma poche en moins de deux. Ou trois. Alors, un peu d’ouverture d’esprit, que diable. ]
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Ce test est supervisé par Mac Lesggy, qui, comme chacun le sait, est le concurrent direct de
Jean-Pierre Coffe : mais qui de ces deux loupiauds décrochera la palme de verre de la paire de lunettes la plus loufoque ? (pouvoir utiliser cet adjectif sans devoir
faire appel à la fondation de Brigitte Bardot est une belle avancée de la démocratie française). Votre opinion sur la question sera la bienvenue dès que vous rencontrerez, à la fin de cet
article (si j’en viens à bout avant demain), les photos de nos deux candidats. Il n’y a rien à gagner, mais rien à perdre non plus. Donc, dans le doute… Marrez-vous cinq
minutes.
Bien. Je vous mets au défi de vous souvenir de ce que je vous racontais avant cette parenthèse scientifique d’un
intérêt majeur de laquelle je sais que vous ressortez humainement grandis. Alors ? Je n’en n’ai pas non plus la moindre idée. Nous voilà bien.
« Le pont tenant lieu de symboles aux péripéties. Mais bon sang, c’est bien sûr. »
Oui, voilà ! La fin du début, et le début de la fin sont donc deux éléments bien différents. Toujours pas convaincus
? Prenons un exemple simple. La fin du début d’une vie peut être symbolisée par le passage à
l’adolescence, qui marque un virage important, plus ou moins délicat à négocier. Le début de la fin tient plus de la « pente finale » que l’on amorce en tutoyant nos vieux jours. Et entre les
deux, me direz-vous ? Eh bien entre les deux, nous retrouvons ce pont, avec cette eau qui vient lui chatouiller les mollets en lui donnant un sens, une raison d’être pont (et Dieu sait que Dolto s’est penchée sur ce fameux pont qui réside en chaque bambin que nous étions. Son fils en est d’ailleurs devenu chanteur, à force d’entendre sa mère, au
cours de ses études, lui demander, juché sur son viaduc : « Mais qu’est-ce que t’as Doudou dis donc ? »).
Ces litres d’eau représentent donc ces années passées à construire ce que nos souvenirs réaniment
plus tard à la vue de photos jaunies tenues par des mains tremblantes. Quand le début de la fin débarque, nous devenons la voix-off qui, agrippant ces clichés comme la dernière branche de l’arbre
de la nostalgie, transmet le documentaire de toute une histoires à des petites têtes blondes, qui verront bientôt la fin de leur début s’asseoir au bord de leur lit, sur lequel se tenait il n’y a
pas si longtemps que ça Maman et son livre d’histoires.
Alors vous voyez bien qu’entre le début et la fin, il y a tout un monde.
Qu’entre la fin du début et le début de la fin, il y a tout ce que l’on capture sauvagement sur la pellicule de
notre vie.
Et puis vous verrez bien aussi qu’à l’instar de ce papier glacé qui nous brûle les entrailles, les petites têtes
blondes riront jaune quand le début de votre fin en sera au milieu, écoulant les ultimes grains du sablier. Mais vous saurez les rassurant, leur promettant que sur ces photos qu’ils placeront en
évidence sur la cheminée, vous serez toujours là pour veillez sur eux, derrière cette vitre accentuant l’ocre du temps qui passe, qui leur fera connaître, à leur tour, cette fin du début, et le
début de cette fin qui fait qu’un beau matin, un cygne chante, et tout s’envole. L’ocre devient argent, le sable se fait marbre, et tout s’achève, d’un battement d’ailes.
Mais qu’importe, maintenant que l’on sait que la faim du début est la plus belle des clés pour se frayer un chemin
vers toutes les autres portes, c’est le sourire aux lèvres, les photos dans le cœur et l’étincelle dans le regard que nous avançons pour rencontrer le cygne qui posera sur nous le point final.
Parce qu’il en est ainsi, qu’un beau jour tout doit faner, pour refleurir ailleurs. Recommencer plus loin. Mais avant, terminer. *
Terminer un texte sur le mot par lequel on l’a commencé est absurde.
---> Revoilà, comme promis, nos deux héros du verre français.
Ils nous vendent du rêve, y'a pas à
dire.
Admirez, c'est
cadeau.